Télétravail, une expérience salarié très minoritaire et pas si bonne

Le chiffre paraît dérisoire : en France, 3 % seulement des salariés seraient des télétravailleurs réguliers, autrement dit le pratiquant au moins un jour par semaine. C'est ce que révèle une étude publiée le 4 novembre par la Dares, la direction des études statistiques du ministère du Travail.

A première vue, ce résultat diverge de ceux des enquêtes régulièrement effectuées sur le sujet par d'autres organismes. En mai dernier, par exemple, l'observatoire Actineo avançait un taux de 25 % de télétravailleurs, en augmentation de 4 points par rapport à 2017. Mais le périmètre se limitait, il est vrai, aux actifs travaillant dans un bureau.

La Dares, elle, s'est intéressée à l'ensemble des salariés et donne, du coup, une bonne photographie du phénomène, même si son enquête date en réalité de 2016-2017.

Premier grand constat, les télétravailleurs réguliers sont en majorité (60,6%) des cadres, une catégorie socio-professionnelle ne représentant que 16,9 % des salariés.

Dans le détail, 11,1 % des cadres seraient en télétravail régulier, contre 3,2 % des professions intermédiaires, 1,4 % des employés et 0,2 % des ouvriers.

La Dares note que ces écarts reflètent l'inadaptation du télétravail à certains métiers et configurations de travail, mais aussi à des disparités d'usage des outils numériques.

Sur le plan métier, le télétravail régulier est le plus développé chez les cadres commerciaux et technico-commerciaux, qui sont 16,2 % à le pratiquer, devant les ingénieurs informatiques (13,9%), les attachés commerciaux et représentants (12,7%) et les enseignants (12,2%).

Concernant le télétravail occasionnel (quelques jours ou demi-journées par mois), les chiffres sont nettement meilleurs pour les autres métiers. Les professionnels de la communication et de l'information, par exemple, se classent alors en troisième position, à 16,6 %, alors qu'ils ne sont que 9 % à télétravailler de manière régulière.

Le négatif annule le positif

Si l'enquête de la Dares affine la vision du télétravail, une autre étude réalisée conjointement, sur les cadres du secteurs privé, vient, elle, sinon contredire, du moins tempérer les conclusions d'autres enquêtes en matière de satisfaction à l'égard de cette pratique.

« Les télétravailleurs ne sont pas plus nombreux à se déclarer satisfaits de leur travail par rapport à leurs collègues non télétravailleurs ; ceux pour lesquels le télétravail est le plus régulier et la formalisation la plus forte se déclarent même les moins satisfaits », note l'étude.

Pour la Dares, les avantages du télétravail seraient annulés notamment par ses effets négatifs. Le premier d'entre eux est une durée de travail supérieure. Ainsi, les cadres en télétravail intensif (au moins deux jours par semaine) déclarent deux fois plus souvent que les non-télétravailleurs effectuer plus de 50 h par semaine.

Autre point négatif, la réduction des possibilités de coopération. Les télétravailleurs sont moins aidés par leur supérieur hiérarchique ou leurs collègues et ils estiment moins que les non-télétravailleurs disposer de l'information suffisante pour effectuer leur travail.

Enfin, sans être en mesure d'établir un lien de causalité, faute de données sur les raisons de la mise en place du télétravail, l'étude constate que les cadres en télétravail se trouvent davantage que les non-télétravailleurs en mauvaise santé, qu'ils sont davantage en arrêt maladie et qu'ils présentent un risque dépressif supérieur.

La situation s'est-elle améliorée depuis la réalisation de cette enquête? En juin dernier, une étude Gras Savoye-Willis Towers Watson indiquait que 48 % des entreprises cherchaient à faciliter la mise en place du télétravail pour répondre aux enjeux de qualité de vie au travail.

A tout le moins, ces travaux de la Dares sur le télétravail leur fourniront de quoi cogiter afin de ne pas rater cette ambition d'une meilleure expérience employé.

Pour consulter les deux études de la Dares :
Quels sont les salariés concernés par le télétravail ?
Le télétravail permet‑il d’améliorer les conditions de travail des cadres ?

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