Transformation numérique : l'impasse Uber

20 millions de dollars, c'est la somme que réglera Uber à la commission fédérale du Commerce (FTC) américaine pour solder les poursuites que celle-ci avait engagées contre l'entreprise, au motif notamment d'avoir séduit de nouveaux chauffeurs en leur mentant sur leurs prespectives de revenus, nous annonce aujourd'hui une dépêche AFP.

Jim Conigliaro, le fondateur d'une « guilde » représentant plus de 45 000 chauffeurs Uber new-yorkais est, lui, satisfait, apprend-on aussi. « La réalité (...) est très éloignée de l'image rose que les applications (comme Uber) décrivent et il est encourageant que la FTC les mettent face à leurs responsabilités », commente-t-il.

Au Royaume-Uni, en octobre dernier, Uber était condamné par un tribunal du travail britannique à reconnaître des chauffeurs comme des salariés et non comme des auto-entrepreneurs. L'Américain a fait appel. Quelque 40000 chauffeurs travailleraient pour lui dans l'ensemble du Royaume-Uni et pourraient ainsi devenir ses salariés… Pas vraiment bon pour son modèle économique.

En France, Uber et les plates-formes de VTC ont fait la une des médias en fin d'année dernière, avec le mouvement de grève de leurs chauffeurs. Sur les plateaux de télévision, à la radio, dans la presse, les mêmes qui nous annonçaient un monde de demain ultra-ubérisé reconnaissaient que la réalité vécue par les chauffeurs était finalement très éloignée de l'image rose, comme dit Jim Conigliaro. Et comme au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le spectre qui menace désormais Uber, ici, est de voir la justice transformer les chauffeurs indépendants travaillant pour lui en ses salariés.

Pour le modèle Uber, l'actualité n'est ainsi plus au beau fixe. De quoi chagriner tous les cerveaux qui se sont empressés ces dernières années de dupliquer le modèle sur tous les thèmes en imaginant décrocher le jackpot. Pas de chance.

Le travail indépendant en régression

En ce début d'année, la question de l'ubérisation fait aussi l'objet d'un rapport réalisé pour l'Institut de l'Entreprise et Terra Nova, publié aux Editions Odile Jacob sous le titre : « Travailler au XXIe Siècle – L'ubérisation de l'économie ? ».

Mauvaise nouvelle pour les déclineurs de modèle, l'on y apprend que, non, le travail salarié n'est pas prédestiné à disparaître au profit du travail indépendant. Ce serait même le contraire.

« Dans de nombreux pays développés, la part des emplois non-salariés dans l’emploi total se contracte presque continument depuis longtemps, écrivent ainsi les auteurs de ce rapport, Jacques Barthélémy et Gilbert Cette. En France, elle augmente légèrement depuis 2008, ce qui correspond d’ailleurs à la création du statut d’auto-entrepreneur, pour demeurer inférieure à 12 %, très en-deçà des niveaux atteints avant l’année 2000. Cette part augmente de façon significative dans seulement deux pays développés : le Royaume-Uni et les Pays-Bas. »

Autre enseignement, quand le travail non-salarié induit par l'économie numérique augmente, il concerne surtout des secteurs de conseil et d’assistance technique. « Nous sommes loin de l’uberisation croissante souvent décrite, soulignent les auteurs. L’émergence et le développement d’un nouveau travail indépendant induit par les TIC et l’économie numérique nous parait plutôt concerner des activités à forte valeur ajoutée et à main d’œuvre très qualifiée. »

En attendant, ce contexte de débats et conflits autour d'Uber et de son modèle a une autre conséquence, celle de voir désormais apparaître des acteurs revendiquant d'ubériser sans précariser, ou d'autres défendant des modèles coopératifs alternatifs sans emplois « kleenex ».

Et si la fin du modèle Uber était finalement une vraie chance pour la transformation numérique ? Pour mieux fédérer autour d'elle et continuer d'innover ?

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