Un bon chemin vers l'entreprise libérée ?

Inventer son propre chemin, même si c'est en s'inspirant des expériences antérieures, constitue la démarche commune suivie historiquement par les organisations décidant d''engager leur transformation en entreprise libérée.

Un chemin cependant souvent long, dont on connaît la grande direction mais qu'il faut construire petit à petit, sans connaître au préalable le comment ni où il conduira vraiment.

Ces dernières années, la notion d'entreprise libérée se popularisant, des organisations ont préféré prendre une autre voie, celle de l'Holacratie. Ce mode de gouvernance implique lui aussi de tout remettre à plat, mais sur la base d'un système que chacun peut s'approprier sans avoir à réinventer la roue.

De plus, par rapport à la sociocratie, avec laquelle elle présente de nombreuses similarités, l'Holacratie a l'avantage de ne pas se cantonner à la prise de décision sur le plan stratégique, mais de toucher au quotidien opérationnel lui-même, ce que s'interdit la sociocratie.

Des procédures limitant la liberté

Mais l'Holacratie est-elle vraiment, pour autant, la panacée ? C'est ce que contestent des tenants de la sociocratie, à l'instar de Thomas Marshall, qui lui reproche, à travers sa « constitution » définissant les règles de gouvernance, de faire dépendre le pouvoir collectif d'auto-organisation d'un système prescriptif.

« Par exemple, écrit-il dans un billet publié sur le site du Centre français de la sociocratie, la méthode sociocratique n’explique pas comment animer des réunions de suivi opérationnel. Avec l’Holacratie, il n'y a qu'une seule bonne manière de le faire. Ce document de « constitution » est plein d’autres exemples de procédures rigides, qui sont incompatibles avec la liberté de l'utilisateur permise par la méthode sociocratique », défend-il.

Pour cet adepte de la sociocratie, la conséquence de ces procédures holacratiques serait une limitation « des capacités de l’organisation à répondre d’une manière créative aux nouveaux défis qui apparaissent dans son fonctionnement interne – sauf à accepter alors de faire son propre chemin et ne plus se définir comme une organisation holacratique », précise-t-il.

Quand l'empirique reprend ses droits

La domination de ce système prescriptif n'est cependant pas le seul critère qui peut amener à ne pas choisir l'option de l'Holacratie. Dans les démarches d'entreprise libérée actuelles, l'objectif n'est plus toujours de tout transformer de fond en comble, en tout cas pas de manière « instantanée ».

Ici, c'est donc l'empirique qui reprend ses droits, avec le choix de pouvoir piocher librement dans les expériences des autres entreprises comme dans les nombreux outils pouvant contribuer à la libération.

L'exemple de la CPAM de l'Aude, auquel nous consacrons un article retour d'expérience cette semaine, en constitue une bonne illustration. La caisse s'appuie notamment sur la sociocratie pour impliquer les salariés dans la réflexion et la prise de décision. Mais son objectif n'est pas de se transformer en organisation sociocratique. Comme d'autres entreprises avant elle, elle a décidé d'inventer son propre chemin vers la libération.

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