Un jour d'après radieux pour le télétravail, ou pas

« Le télétravail va se développer, c'est inévitable. Il n'y aura pas de retour en arrière », déclarait Stewart Butterfield aux Echos le 26 mars dernier. Le patron de Slack révélait que le volume d'échanges sur sa solution avait grimpé de 20 % depuis le confinement.

Messagerie d'équipe, solution de videoconférence, réseau social d'entreprise, Digital Workplace… L'usage de toutes les solutions de collaboration à distance explose avec la pandémie.

Une situation de branle-bas de combat pour une majorité d'entreprises. Selon une enquête de l'ANDRH, 58 % des organisations ont ainsi eu à adapter leurs outils d'échange à distance et 46 % à faire face à un manque de matériel ou à du matériel non adapté.

Pour 33 % des interrogés, la crise sanitaire devrait d'ailleurs accélérer la numérisation de leur entreprise. Et l'association de DRH veut croire elle aussi qu'il n'y aura pas de retour en arrière.

« La reprise d’activité mettra au jour non seulement de nouvelles pratiques de communication et de collaboration mais également un nouveau rapport au travail », analyse-t-elle.

Vivement le retour au travail

Si le télétravail est aujourd'hui massif, le sujet figurait pourtant déjà dans les priorités des entreprises avant la pandémie. Une enquête réalisée en 2019 par Willis Towers Watson montrait que 48 % d'entre elles misaient sur sa mise en place. C'était alors dans une optique d'amélioration de la qualité de vie au travail.

Comment les salariés vivent-ils cette brusque accélération de l'histoire ? Selon une enquête menée par Forrester fin mars, les Français s’adapteraient rapidement à une culture de travail à domicile imposée.

« Seuls un tiers se plaint d’être moins productif qu’au bureau et 31% disent avoir du mal à gérer en même temps leur vie professionnelle et familiale », indique Thomas Husson, vice-président et analyste principal du cabinet de recherche.

Mais si l'enquête montre que plus de 50% des salariés français préfèrent travailler à domicile pendant la crise du Coronavirus, elle révèle aussi qu'un pourcentage équivalent est impatient de retourner au travail une fois que tout sera terminé...

La productivité sous surveillance

Quant à savoir si l'après rimera avec nouvelles pratiques de collaboration et nouveau rapport au travail, comme l'espère l'ANDRH, il est trop tôt pour le savoir. Mais certains signaux ne témoignent pas vraiment d'une marche en avant.

De fait, les solutions de collaboration à distance ne sont pas les seules à voir leur usage exploser. Aux Etats-Unis, par exemple, l'on se rue aussi sur InterGuard, Time Doctor, Teramind, VeriClock, Hubstaff, etc : des logiciels espions, révèle une enquête du média économique Bloomberg publiée le 27 mars dernier.

Combinant des fonctions de surveillance d'écran et de productivité, ces solutions permettent aux managers de s'assurer que les employés mis à distance font bien leur travail.

Chez la banque en ligne Axos Financial, par exemple, les travailleurs à domicile ont ainsi reçu un mail de leur directeur général Gregory Garrabrants : « Nous vous observons, leur déclare-t-il. Nous capturons vos frappes. Nous enregistrons les sites web que vous visitez. Toutes les 10 minutes environ, nous prenons une capture d'écran. Alors, allez, travaillez ! Ou faites face aux conséquences », les menace-t-il.

Parfois, les moyens sont plus rudimentaires. Les employeurs demandent aux télétravailleurs de rester connectés toute la journée en appel video.

« Dans certains cas, on leur explique que c'est pour qu'ils puissent tous parler tout au long de la journée si des questions se posent, raconte Alison Green, la fondatrice du site de conseil Ask a Manager. Mais dans d'autres, il n'y a pas d'autre prétention que de surveiller les gens pour s'assurer qu'ils travaillent. »

Chez la solution de surveillance Hubstaff, la directrice du marketing, Courtney Cavey, elle-même utilisatrice, préfère voir les choses autrement. « Je peux honnêtement dire que j'aime vraiment les fonctionnalités de surveillance et de productivité. Je le promets », assure-t-elle.

Et elle a même un conseil pour les salariés soumis à la surveillance de cette solution : « L'utiliser comme un avantage, comme un moyen de prouver à votre manager que vous êtes capable de travailler de manière autonome. »

Sans commentaire.

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