Une accélération du numérique encore à transformer

Vous l'avez lu ou entendu partout et vous l'avez peut-être vous-même vécu : la crise sanitaire a provoqué un véritable tsunami numérique dans les organisations, confrontées aux enjeux du télétravail.

Un simple coup d'œil aux résultats affichés cet automne par les éditeurs de solutions de collaboration suffit d'ailleurs à prendre la mesure de cette brusque accélération.

L'exemple le plus emblématique est celui de Zoom. En septembre 2019, la solution de visioconférence comptait parmi ses abonnés payants 66 300 entreprises d'au moins 10 employés. Un an plus tard, ces dernières sont 370 000, 6 fois plus.

La messagerie d'équipe Slack fait moins bien, mais sa progression reste solide. Si l'Américain est resté muet sur le nombre d'utilisateurs quotidiens actifs de sa solution, officiellement de 12 millions depuis octobre 2019, son PDG a néanmoins précisé que la société comptait désormais 130 000 clients payants, soit une progression de 30 % sur un trimestre.

Quant à Microsoft, qui vient de publier les résultats de son premier trimestre, ses ventes de l'offre entreprise d'Office 365 croissent de 21 %. Mais le plus spectaculaire est l'envolée du nombre d'utilisateurs quotidiens actifs de la messagerie d'équipe Teams, multiplié par 6 en un an, à 115 millions.

De quoi donner le vertige... si la migration de Skype for Business vers Teams ne brouillait cependant les cartes, invitant à plus de circonspection sur la nature réelle du phénomène.

Des décideurs bien décidés

Et maintenant ? Maintenant, les choses sont moins claires. « L'activité commerciale se poursuit plutôt bien, mais les projets se mènent plus difficilement, me confie un éditeur Français du domaine. Dans les entreprises, les gens sont stressés. Certains vivent dans la crainte de perdre leur emploi. »

De fait, si les éditeurs de solutions collaboratives s'en tirent bien, qu'en sera-t-il de leurs clients et leurs projets de transformation numérique ?

Une étude menée par IDC pour Apptio et Devoteam en juin dernier dans 50 entreprises et administrations françaises de plus de 5 000 personnes rassure un peu sur le sujet. Certes, ces dernières ont réduit leurs investissements IT. Mais elles ont préservé ceux liés à la transformation numérique.

Pour 92 % des décideurs interrogés (DSI, directeurs du digital, CTO, directeurs financiers ou de la performance), la crise sanitaire constitue même un accélérateur de la transformation numérique, notamment en matière de modernisation des méthodes de travail.

Les interrogés sont ainsi 86 % à avoir renforcé leurs objectifs dans ce dernier domaine, qui se classe désormais en deuxième position des priorités de la transformation numérique, avec 64 % des suffrages, derrière la satisfaction des attentes client (83%).

Reste à savoir, bien sûr, ce que l'on entend par « modernisation des méthodes de travail », ce que l'étude n'explicite pas.

On s'fait une visio ?

En mai dernier, le cabinet de conseil Lecko avait mesuré l'impact du télétravail sur le quotidien des équipes de plusieurs de ses clients, en analysant les usages de leurs environnements de travail (Office 365 et Google Suite) pendant le confinement.

Les données montraient que les usages de la visioconférence et du réseau social d'entreprise s'étaient accrus par rapport à d'habitude, mais que le nombre de mails envoyés aussi : de 15 %, voire 30 % dans certains cas. Le signe que beaucoup reste à faire pour transformer les méthodes de travail, même pour des organisations déjà engagées dans cette dynamique.

Quand un magazine économique français titre un article « Télétravail : les chiffres fous de Teams, la plate-forme de visio de Microsoft », l'on peut d'ailleurs aussi appréhender le chemin qu'il reste parfois à parcourir. Car il est à parier que, pour une forte proportion de ses utilisateurs, Teams ne soit encore rien d'autre qu'un outil de visioconférence. La remarque peut s'appliquer bien sûr à d'autres solutions collaboratives...

Dans tous les cas, une chose est sûre, les projets de transformation numérique vont continuer d'avoir du pain sur la planche. Pour peu que les organisations soient effectivement au rendez-vous.

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