Usages numériques : plus on les connaît, moins l'on a confiance

Un plafond de verre : en France, la confiance dans les usages numériques ne parvient pas à franchir la barre des 40 %. Atteinte en 2018, elle s'est à nouveau éloigné en 2019, avec 37 % des Français se déclarant confiants dans leurs pratiques numériques, montre la dixième édition du baromètre réalisé par l’association pour le commerce et les services en ligne (Acsel) sur le sujet.

Dans le détail, seuls 6 % des Français estiment qu'internet n'est pas du tout risqué, quand 31 % le jugent plutôt pas risqué. Ils sont en revanche 47 % à le trouver plutôt risqué et 7 % tout à fait risqué.

Point significatif : la baisse de confiance touche davantage la population la plus connectée. Elle atteint 7 points chez les 25-34 ans, 8 points chez les 35-39 ans et 10 points chez les CSP+.

Une baisse de confiance d'ailleurs paradoxale, puisque, dans le même temps, les usages numériques ne cessent de progresser. En tête de peloton, la banque en ligne est désormais adoptée par 92 % des Français, mais son niveau de confiance baisse de 7 points en 10 ans, à 62 %.

Ex-aequo en deuxième position avec un taux d'adoption de 90 %, l'e-Administration et l'e-commerce ne font pas mieux. Sur le même laps de temps, la première voit la confiance dans son usage chuter de 15 points à 62 %. Quant au second, il gagne au contraire 7 points de confiance, mais son niveau en la matière reste moyen : 58 %.

Réseaux sociaux, la palme de la défiance

Mais c'est avec les réseaux sociaux que cette situation paradoxale atteint son paroxisme. En 8 ans, leur usage a progressé de 9 points à 84 %, quand la confiance à leur égard chutait dans la même proportion, pour atteindre seulement 26 %.

Les messageries instantanées prendront-elles le même chemin ? En deux ans, la progression de leur usage est fulgurante : +22 points, à 75 %. Mais la confiance à leur égard est déjà en baisse de 5 points, à 50 %.

Quant à l'intelligence artificielle (IA), 55 % des Français en ont eu déjà l'usage et ils sont 66 % à lui accorder leur confiance. Celle-ci est cependant toute relative, puisque 78 % des internautes souhaitent avoir la possibilité de refuser d'être en interaction avec une intelligence artificielle ou qu'elle exploite leurs données personnelles, 76% être avertis et informés de l’usage des données et 71% être notifiés dès qu'ils sont en interaction avec une technique d'IA.

Et la situation ne devrait pas s'arranger, comme l'indique Ludovic Francesconi, président de la commission Confiance & Data de l’Acsel. « Le baromètre de l’Acsel met en rapport les usages et la confiance, ce rapport exprime un cycle de vie de la confiance qui voit celle-ci baisser proportionnellement à la connaissance d’un usage et il nous apparaît clairement que l’IA, usage à mi-chemin de l’efficacité et du fantasme, rentre parfaitement dans ce cycle en bénéficiant d’une confiance plus forte en cet instant car ses mécanismes sont encore peu connus... », prévient-il.

Une défiance inéluctable, en quelque sorte.

Promo Newsletter