3 vertus de l'art pour inspirer les échanges collaboratifs en entreprise

 

Isabelle Napolitano, consultant, formateur, réalisateur de vidéos, accompagne les entreprises dans la réflexion créative, la dynamique d’innovation et les échanges collaboratifs. Isabelle Napolitano, consultant, formateur, réalisateur de vidéos, accompagne les entreprises dans la réflexion créative, la dynamique d’innovation et les échanges collaboratifs.
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Traiter de l’art dans une revue comme Collaboratif-info peut surprendre. On peut ne pas voir immédiatement le rapport avec le monde de l’entreprise et ses modes de travail. 
Et pourtant l’art a de nombreuses vertus, bien connues depuis l’Antiquité mais un peu oubliées dans nos cultures occidentales et surtout dans le monde de l’entreprise.

Vertu n° 1 : la contemplation des œuvres d’art nous permet de développer la créativité et de créer du lien

On connaissait la catharsis, une des fonctions de la tragédie mise en évidence par Aristote, qui consistait à libérer les spectateurs de leurs passions en les exprimant symboliquement par le biais du jeu des acteurs. 
Les philosophes de l’Inde ancienne nommaient celui qui sait goûter une œuvre le rasika (celui qui savoure) ou le sahridaya (celui qui est de cœur avec) tant contempler une œuvre d’art est une expérience de vie ressourçante.

Aujourd’hui, ce sont les neurosciences, et en particulier Jean-Pierre Changeux, professeur au Collège de France, qui montrent combien la contemplation d’œuvres d’art, avec notre raison et nos émotions, développe des aptitudes cognitives et créatives. En effet, devant un tableau, nous laissons s’exprimer nos émotions (nous aimons ou nous n’aimons pas ce que nous regardons), nous cherchons ensuite à comprendre, voire à imaginer, ce que le peintre a voulu dire, à faire des analogies avec ce que nous connaissons. Cet exercice est excellent pour stimuler notre cerveau et notre créativité.

Qui plus est, cette contemplation invite au partage comme le souligne le sociologue 
Pierre-Michel Menger. Cela Kant l’avait déjà souligné au XVIIIe siècle dans La critique de la faculté de juger. Nous avons spontanément envie de partager ce que nous ressentons devant une œuvre d’art, cela fait partie du plaisir esthétique. 
Beau sujet pour développer la créativité et créer du lien au sein d’une communauté et favoriser ainsi les échanges !

Vertu n°2 : les artistes innovateurs détectent et font émerger les signaux faibles

Les artistes innovateurs, dits également d’avant-garde, sont ceux qui apportent des ruptures par leurs créations. Ils sont doués d’une sensibilité et d’une sensorialité particulièrement développées, qui font que leurs créations sont en avance d’un temps, plus ou moins long, par rapport aux usages, aux modes de vie, et ce depuis toujours.

Déjà Mantegna à la Renaissance était allé chercher les récentes découvertes des architectes sur la perspective pour les inclure dans ses peintures et révolutionner les modes de représentation. 
Marcel Duchamp au début du XXe siècle s’intéressait aux recherches de Henri Poincaré sur la 4e dimension et tentait de la représenter avec son Grand Verre. 
De nos jours, les artistes s’emparent des technologies numériques pour créer. 
C’est le cas de Maurice Benayoun qui s’est intéressé à l’expression des émotions sur internet et a créé un « Distributeur automatique d’émotions », qui permet de simuler à un instant donné l’état émotionnel du monde.

Les artistes jouent également avec notre poly-sensorialité. On ne se contente plus de regarder une œuvre, on entre à l’intérieur, pour mieux la ressentir, la toucher même. C’était le cas du Léviathan d’Anish Kapoor que nous avons pu expérimenter lors de la dernière exposition Monumenta au Grand Palais. 
Les artistes d’avant-garde sont de formidables sujets de veille pour des communautés dédiées à la prospective stratégique ou à l’innovation. Le groupe LVMH les considère d’ailleurs comme « un véritable laboratoire pour l’innovation » et leur a consacré un espace d’exposition, ouvert à tous, au dernier étage de l’immeuble des Champs Elysées.

Vertu n°3 : les artistes innovateurs créent de manière collaborative et nous pouvons nous inspirer de leur processus créatif

Les plus grandes innovations artistiques ont en effet été le fruit d’une co-création laborieuse, défendue collectivement. 
Un bel exemple est celui des impressionnistes, qui constituèrent à la fin du XIXe siècle un véritable « think tank », avec des peintres, des musiciens, des poètes, et qui mêlaient rencontres professionnelles et échanges conviviaux pour co-élaborer ce nouveau style qui allait révolutionner l’histoire de l’art.
 Même Picasso, grand innovateur du XXe siècle, s’est nourri de l’œuvre de Cézanne et des échanges qu’il a eus avec Braque pour proposer la rupture du cubisme.

Aujourd’hui, la création contemporaine d’avant-garde perpétue cette tradition collaborative. 
Maurice Benayoun, spécialisé en arts numériques, a récemment initié The Art Collider, un écosystème expérimental pour l’art collectif, matérialisé par une plate-forme de création ouverte www.theartcollider.org. 
Partant du principe que l’on ne créée pas ex nihilo, et que l’on est toujours inspiré par quelque chose ou quelqu’un, il s’agit là de créer directement à partir d’une ou plusieurs œuvres, en l’occurrence des vidéos créées et mises à disposition sur la plate-forme, et bien sûr de remettre à la disposition de la communauté ses créations.

Olafur Eliasson, lui, a imaginé un studio de création où collaborent 45 personnes, des architectes, des informaticiens, des designers, des historiens de l’art et même des cuisiniers, pour explorer la relation existant entre la nature et la technologie. Le résultat est une production d’œuvres monumentales, généralement éphémères, qui bouleversent les codes comme ce Weather Project simulant un lever de soleil réalisé en 2003 au sein de la Tate Modern Gallery de Londres. 
De beaux exemples encourageant pour les échanges collaboratifs !

A bientôt pour de nouvelles aventures artistiques

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