Accompagnement

Trois clichés sur les réseaux sociaux d'entreprise

 
 

Mathieu Longatelli

Mathieu Longatelli, consultant chez Conseil & Organisation

Des irréductibles résistent encore et toujours à votre réseau social d'entreprise (RSE) ? Retranchés derrière leurs habitudes, ils brandissent trois clichés pour justifier leur attentisme. Les convaincre va s'avérer plus difficile que prévu.

Si l'intérêt d'un RSE n'est plus à démontrer pour la plupart des sociétés, changer les façons de travailler n'est pas une tâche aisée. Après une phase pilote, c'est le déploiement général : l'ensemble des employés en prend connaissance officiellement. C'est à ce moment que les lieux communs vont faire surface.

Penchons-nous sur trois d'entre eux, parmi les plus courants, pour découvrir leurs véritables racines.

1. C'est un Facebook d'entreprise

Depuis l'apparition des premiers réseaux sociaux en 1997, quantités d'articles ont été publiées sur le sujet. Il est tout à fait normal que l'utilisateur qui découvre votre RSE fasse le rapprochement avec le plus célèbre d'entre eux, Facebook.

L'être humain déteste l'incertitude et ce qu'il ne comprend pas. Il va chercher dans son référentiel d'expériences passées une notion lui permettant de plaquer une image sur une notion inconnue.

Ce parallèle avec Facebook fait surgir deux craintes : s'exposer à la vue de toute l'entreprise et la confusion entre vies privée et professionnelle. Ce dernier point est intimement lié à l'image des réseaux sociaux dans la sphère publique.

Les employés de l'entreprise font encore souvent l'amalgame entre les différents types de réseaux sociaux : grand public, professionnels et d'entreprise.

Il est vrai que ces derniers reprennent de nombreux concepts de leur cousins publics, tels que la page de profil ou les groupe (ou communautés), mais pour en faire un usage différent.

2. C'est un outil pour les jeunes

Et oui, qui dit réseau social d'entreprise, dit technologie de jeunes ! Même s'il est vrai que ce type d'outils facilite leur accueil, ce n'est qu'une des multiples raisons qui poussent les entreprises à déployer des RSE.

Les jeunes travaillent depuis leur cycle universitaire avec des outils sociaux et collaboratifs: des groupes de travail sur Facebook jusqu'à la coédition d'un cours via Google Docs.

Prétendre pour autant que le réseau social d'entreprise sera d'abord adopté par les dernières générations est une erreur. Premièrement, un jeune embauché a besoin de prendre ses repères, contrairement à un employé affichant une vingtaine d'années d'expérience.

Oser poser une question ou poster une réponse revient à se mettre en situation de risque. Son intervention risque d'être vue et jugée par un grand nombre d'employés.La moindre erreur et c'est son label personnel qui en prend un coup. Pour cette raison, les derniers arrivés dans l'entreprise ont plutôt tendance à être en retrait sur le RSE.

Deuxièmement, cette génération a l'habitude d'utiliser des outils sociaux à titre personnel, mais ceux-ci sont simples et intuitifs. En entreprise, ils peuvent s'avérer plus complexes à appréhender au point de décourager les bonnes volontés dans un premier temps.

3. Le RSE est chronophage

Notre société court après le temps. Certains, à l'heure de la découverte de ce nouvel outil, argumenteront sur le temps que fait perdre le RSE.

Diriez-vous que la recherche de documents depuis votre boite e-mail ou dans la multitude d'espaces de stockage est plus efficace ? Que vous trouvez plus rapidement l'information en passant par le moteur de recherche de l'intranet ? Que la discussion autour d'une myriade de réunions nécessitant de concilier les calendriers des différents intervenants est plus facile à organiser ?

C'est peut-être le cas dans des organisations bien rodées, mais ce n'est pas la tendance générale. Ce cliché du RSE chronophage fait remonter un problème plus profond, celui d'une utilité incomprise.

Le chercheur américain Fred Davis a montré avec son modèle TAM (Technology Acceptance Model) que l'adoption d'une nouvelle technologie dépend de l'intérêt perçu et de sa facilité d'utilisation.

Si l'une ou l'autre de ces conditions n'est pas respectée, vous vous aurez bien du mal à embarquer vos interlocuteurs.

Alors attaquer de front ou opter pour la médiation ?

Que vous soyez dirigeant, manager ou employé, même si vous êtes convaincu à titre personnel de l'intérêt de d'un RSE, sachez que vous n'obtiendrez rien par la contrainte.

Ne cherchez pas à convaincre vos équipes de tous les avantages. Impliquez-les plutôt dans le processus de réflexion, certains d'entre eux identifieront eux-mêmes des usages qui sont importants à leurs yeux.

Cette technologie repose sur la base du volontariat. Fixer des objectifs de participation lors des entretiens annuels n'est pas non plus la bonne solution pour unifier les équipes autour de la bannière du changement.

Un seul avantage perçu par un employé est suffisant pour qu'il commence à utiliser le RSE. Rome ne s'est pas construite en un jour.

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