La pédagogie et le collaboratif quasi-absents des ENT

Faudra-t-il rebaptiser les espaces numériques de travail en ENC, espaces numériques de communication ? C'est ce qu'on peut se demander à la lecture de l'enquête nationale sur les usages des ENT du second degré que vient de rendre publique le ministère de l’Education nationale.

Si cette dernière montre que le déploiement de ce type de dispositif est en bonne marche, toutes les académies étant aujourd’hui engagées dans au moins un projet, sur le plan des usages, l'ENT contribue surtout à rapprocher les familles des directions d'établissements, peu des enseignants, et se révèle davantage un outil de communication qu'un outil de travail.

Côté chefs d'établissement, ils sont 75% à l'utiliser pour la communication administrative et 73% s'en servent au moins une fois par trimestre pour communiquer avec l’équipe pédagogique, 58% avec les élèves et 73% avec les familles. Les autres services les plus utilisés par eux sont le cahier de textes (81%), le suivi des notes (78%) et les absences (63%).

Quant aux parents, s'ils indiquent en majorité (77%) que l'ENT leur fournit une meilleure connaissance de la vie de l'établissement, il constitue surtout pour eux un outil de suivi du travail des enfants, là encore à travers la consultation des notes (89% dont 72% hebdomadairement) et celle du cahier de textes (79% dont 63% hebdomadairement).

Le cahier de textes règne aussi sur le plan pédagogique

Au niveau pédagogique, la situation est, elle, plus morose. D'abord par méconnaissance. Alors que 57 % des chefs d’établissement et 62 % des  porteurs de projet déclarent que des ressources pédagogiques éditoriales sont accessibles via l’ENT, seuls 42 % des enseignants font la même réponse, et les chiffres tombent à 24% pour les élèves et 22% pour les parents.

Mais, surtout, l'enquête montre que l'intégration de l'ENT dans les pratiques de travail reste encore peu développée. Renseigner les notes et absences sont ainsi les services le plus fréquemment utilisés par les enseignants, avant le cahier de textes, à travers lequel ils sont 78 % à décrire les activités réalisées avec les élèves, 65 % à décrire les devoirs à faire et seulement 37 % à fournir des éléments complémentaires aux cours.

Sorti du cahier de textes, ils ne sont par exemple, au moins une fois par mois, que 15 % à s'en servir pour préparer les cours, 16 % pour animer des séquences en classe, 15 % pour constituer une base commune d'apprentissage, 12 % pour personnaliser l'accompagnement des élèves, 13 % pour faire collaborer les élèves entre eux, 10 % pour produire des contenus pédagogiques.

De fait, l'utilisation quotidienne de l'ENT par les élèves reste faible : 31 %, contre 72 % pour les enseignants, 67 % pour les chefs d’établissement, 40 % pour les parents. Et le suivi des activités et devoirs à réaliser reste l'usage principal qu'ils en font, 52% des élèves utilisant le cahier de textes de l’ENT au moins une fois par semaine.

Lorsque l’ENT est intégré dans le cadre de leurs pratiques de travail, 38% des élèves s'en servent pour la préparation de leurs devoirs individuels et 27% pour la préparation de dossiers communs. Mais 41% ne l’utilisent pas dans le cadre de leurs pratiques de travail.

Pratiques collaboratives : les chefs d'établissement euphoriques, les enseignants moins

Quant aux développement des pratiques collaboratives, difficile de se faire une idée tant les appréciations diffèrent selon les points de vue. A suivre les chefs d’établissement, l’ENT contribuerait à développer les pratiques collaboratives entre les enseignants et les élèves (83%), entre l’équipe administrative et les enseignants (73%) et entre les enseignants (72%).

Les parents d’élèves, quant à eux, sont un peu moins positifs, mais estiment quand même que l’ENT a permis le développement des pratiques collaboratives entre les enseignants et les parents (67%) et entre les enseignants et les élèves (65%).

Côté enseignants, la vision est cependant moins idyllique, 47% d'entre eux déclarant que l’ENT n’a pas permis l’émergence de pratiques collaboratives. Et quand c'est le cas, cela concerne la mise en œuvre de projets et l'évaluation (25 %), la préparation de travaux (18%) et la préparation de cours (13%). Sur ces deux derniers points, les réponses des chefs d'établissement culminent respectivement à 39 % et 52 % !

Reste un dernier enseignement notable, pas vraiment positif et sur lequel les établissements n'ont d'ailleurs pas tellement de leçon à recevoir de l'entreprise, puisque l'enquête révèle que les élèves et leurs parents restent encore peu associés aux décisions prises concernant l’ENT. Ainsi, seuls 3% des établissements et 23% des porteurs de projet ont mis en place un comité d’utilisateurs.

Pour consulter l'enquête : EVALuENT 2014

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