Social Business : comment sortir de l'impasse

 

Anthony Poncier

Anthony Poncier, directeur Social Business EMEA de MSLGroup (Publicis Consultants).

80% d'échecs selon Gartner pour les projets collaboratifs, 70% de désengagement de la part des collaborateurs. Pour le moment, le monde de l'entreprise 2.0 est surtout celui des fossoyeurs des projets de transformation.

Pourquoi les entreprises ont-elles échoué ? Il est sans doute trop tôt pour tirer des conclusions définitives de ces chiffres, on peut néanmoins déjà en déduire des premiers enseignements. Certains focalisent sur les conversations, d’autres pensent avant tout business, buts et mesures. Il me semble que la principale question est liée au comment, surtout vis-à-vis des collaborateurs, afin de surmonter ces échecs.

Je suis de plus en plus persuadé que ne pas changer les règles du jeu entre l’organisation et les collaborateurs empêche tout changement en profondeur sur le long terme. L'entreprise se condamne à des opérations cosmétiques qui, au mieux, simplifieront quelques processus et fluidifieront la circulation de l’information, mais ne produiront pas les effets escomptés en termes de valeur ajoutée.

Quelle entreprise pour demain ? Oui, la communication a un rôle à jouer dans la conduite du changement et celle-ci est souvent le parent pauvre de ce type de projet, où les processus dominent et le carcan de l’entreprise ne bouge guère.

Premier pas, une véritable conduite du changement, sans aucun doute, mais pour quel changement au final ? Un des principaux freins est la peur de ne pas savoir ce qu’on va gagner tout en sachant ce qu’on va perdre. Si l’organisation a identifié des gains, pas sûr que le collaborateur, lui, y voit son intérêt.

La fameuse reconnaissance de l’expertise interne est pour le moment plus un leurre qu’une réalité. Et quand je parle de reconnaissance, je parle uniquement d’ego-management, même pas de reconnaissance à travers un processus RH quelconque visant à récompenser un investissement personnel.

Donc quelle vision pour le collaborateur ? Pourtant, comme l’expliquait Rachel Happe, la fondatrice du Community Roundtable, think tank américain dédié à ces questions, les choses changent, le monde du travail aussi et donc ses modes d'organisation devraient faire de même afin de s’adapter à la vie des salariés. Ils pourront travailler différemment en fonction des besoins de l’entreprise, mais aussi de leurs contraintes personnelles et envies.

Pourtant le rapport au temps et à l’espace, que les nouvelles technologies ont fait évoluer fondamentalement, semble figé et rien ne change dans le monde de l’entreprise. Mêmes processus, même approche, même fonctionnement. La vision de l’entreprise de demain semble en panne, et les collaborateurs bien souvent absents de cette dernière ou alors à titre anecdotique.

Un autre monde est souhaitable pour tous. Bien sûr, certains s’y essayent, comme durant le dernier Enterprise 2.0 Summit où une SSII a vanté les mérites du travailler autrement et du bien-être au travail. Ce qui a bien fait rigoler la salle quand on connaît la réputation en management de l’entreprise en question. On en reste à une communication bien loin de la réalité des salariés.

Difficile de ne pas faire ce constat : soit le monde de l’entreprise est capable de montrer qu’il évolue aussi et qu’il rentre dans un autre cadre de travail au quotidien dans un rapport gagnant-gagnant avec ses collaborateurs, soit il n’y aura rien à espérer. Ceux-ci ont trop subi de la part de leur entreprise pour avoir envie de s’engager sans raison.

Le doux rêve d'un monde de bisounours ? Je ne crois pas que Jack Welch, l’ancien patron charismatique de General Electric, puisse être considéré comme tel. Pourtant, pour lui, l’engagement des collaborateurs est ce qui doit être mesuré avant tout afin de connaître la santé de son entreprise. Et ce, avant même les marges ou la satisfaction client.

Alors bisounours ou leadership, ce qui est sûr c’est que l’entreprise de demain ne fonctionnera pas avec les recettes d’hier et ne se fera pas sans les collaborateurs. L’entreprise n’est pas un îlot en dehors de la société où la question des rapports de pouvoir est de plus en plus questionnée.

 

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